Le chêne aux 70 familles-3

Le chêne aux 70 familles-3

Le chêne aux 70 familles (3)

« Oui, oui, oui ! Me répond-il avec enthousiasme. Je ne t’ai pas choisi par hasard me confie-t-il. Tu sais, les années précédentes, quand tu venais te reposer dans mon ombre ou parfois t’abriter de la pluie sous mon feuillage, je t’ai entendu. Tu as une très belle voix et surtout, tu manies le son d’une façon toute particulière. En es-tu conscient ? »

« Evidemment ! J’ai appris pendant plusieurs années à faire porter à ma voix les vibrations qui résonnent avec les espaces dimensionnels que je visite en méditation. Parfois j’utilise ces mêmes sons pour transmettre cette vibration autour de moi afin de faire émerger cette réalité dans le monde. »

« Voilà me répond le chêne ! C’est exactement ce que je te demande de faire avec mes feuilles. Tu vas commencer par capter leur attention en transmettant ce son précis et puis tu passeras à la deuxième phase. »

« Ah bon ! Et quelle est-elle ? »

« Quand tu ne fais pas du son à mes pieds il t’arrive souvent de méditer n’est-ce pas ? Et bien une fois que tu auras capté l’attention des feuilles tu les guideras en méditation et je te fais confiance, tu trouveras le chemin ! »

Le soleil était maintenant au zénith. Le ciel d’un bleu sans taches se détachait entre les feuilles de l’arbre et entourait la couronne du chêne d’un diadème d’espace. Aucun promeneur n’arrivait à l’horizon. Les conditions étaient parfaites.

« Ça marche, dis-je au chêne. Je te propose de ne pas attendre plus longtemps. Le moment me semble idéal ! » J’ai ressenti le sourire de gratitude du chêne.

Je me suis assis dans l’ombre de l’arbre, à même le sol. J’ai fermé les yeux et j’ai laissé doucement mon attention se poser au centre de l’espace énergétique de mon cœur. Du centre de mon cœur je me suis connecté à la couronne du chêne, en embrassant toutes les familles de feuilles qui bruissaient allègrement. J’ai respiré profondément en sentant chacune des cellules de mon corps et chacune des feuilles de l’arbre.  Un son léger et aigu est sorti de ma gorge. Discret pour commencer, le son s’est amplifié et c’est comme si des filaments aériens de lumière tournaient dans la couronne entre toutes les familles de feuilles. Le son est devenu intense et les filaments se sont déposés entre les familles de feuilles qui toutes ont pris conscience que quelque chose d’inhabituel se passait. Le bruissement s’est éteint. Les feuilles se sont doucement tournées vers moi, déstabilisées, interrompues dans leurs querelles et entreprises de sabotage. J’avais capté leur attention !

En restant connecté au centre de mon cœur, j’ai projeté dans leur direction une simple image. Celle d’un bébé dans le ventre de sa mère, le cordon encore lié au placenta. Et j’ai laissé cette image toucher toutes les feuilles. Le silence était maintenant aussi solide que le sol qui me portait.

Graduellement, j’ai transmis aux feuilles de l’arbre une deuxième image. Celle de la tige qui les reliait toutes aux branches de l’arbre. Et je leur ai montré que la même sève coulait dans chacune de leurs nervures. La simple vérité est quelles sont toutes reliées, nées du même arbre, inséparables de l’arbre, et simultanément toutes une expression unique du même chêne, du même être.

Un nouveau bruissement traversa toute la couronne, comme si un gigantesque frisson avait transformé radicalement le point de vue de toutes les feuilles. Elle se souvenaient collectivement de leur origine commune et de leur lien à l’arbre. Elles voyaient maintenant avec clarté ce qui les avait toujours reliées. Les dissentions se sont éteintes presque immédiatement. Une vague de paix s’est propagée dans la prairie.

J’ai transmis aux feuilles une dernière image : celle de la terre peuplée d’une variété de races, de familles humaines. Et je leur ai demandé de transmettre ce qu’elles avaient compris à leur tour à l’humanité. Je leur ai confié que leur réconciliation serait un exemple bienvenu parmi les peuples qui souvent oublient qu’ils sont tous nés de la poussière de la même planète.

Le chêne qui cette fois rayonnait de joie, m’a demandé une dernière faveur.

« Tu sais, à part toi, personne ne s’arrête pour se reposer dans mon ombre. Je serais heureux maintenant de partager le cadeau que tu viens de me faire avec tous les promeneurs. Pourrais-tu me faire un dernier plaisir ? Construis à côté de mon tronc un banc qui attirera les passants. Je te promets que tous ceux qui se reposeront sous mes feuilles seront inspirés par le cadeau que tu m’as fait aujourd’hui. »

C’est à ce moment précis qu’une grosse mouche est venu se poser sur mon nez ce qui, évidemment a eu pour effet de me réveiller en sursaut. J’ai regardé autour de moi hésitant. Je n’avais pas l’impression d’avoir rêvé mais clairement mes yeux papillonnaient encore, comme au réveil.

Je ne me suis pas posé trop de questions car, pour moi, le rêve n’est que la porte d’entrée vers un monde aussi réel que celui dans lequel nous rêvons éveillés cette expérience humaine.  J’ai de bons amis à la commune. Ils n’ont fait aucun obstacle à ce que je collecte les fonds pour installer un banc sous le chêne dans la prairie pour le confort des promeneurs. »

Voilà l’histoire que Mathieu m’a raconté lors de l’une de nos promenades. Nous étions assis sur ce fameux banc sous le chêne. J’ai levé la tête vers l’arbre et j’ai à ce moment senti clairement le lien qui me reliait à la terre, ma place de feuille humaine dans une humanité qui oublie encore l’arbre qui la porte. Le bruissement des familles humaines indique qu’elles ne comprennent pas encore que c’est la même vie qui les relie et qui les anime. Ces familles humaines oublient que l’automne de la vie arrive toujours trop rapidement et que l’essentiel est ailleurs.

J’espère Mathieu que tu ne m’en voudras pas d’avoir partagé ton secret. Si, près de chez vous il y a un chêne, prenez le temps de l’écouter, il aura probablement quelque chose d’important à partager avec vous. Et si le bruissement des bottes de l’humanité vous peine, faites suivre ce message d’espoir autour de vous.

 

Comments are closed, but trackbacks and pingbacks are open.