Le chêne aux 70 familles-2

Le chêne au 70 familles-2

Le chêne aux 70 familles (2)

Je n’en reviens pas ! Moi qui pensais me reposer dans un havre de paix, je me trouve projeté au beau milieu d’un vrai conflit champêtre. Et bien sûr je n’ai aucune idée de ce que je peux faire pour soutenir ce chêne dépassé par la situation. Peut-être que le chêne qui je n’en doute pas, ressent de l’empathie et dispose d’un sens peu commun de l’humour, a imaginé que de par ma profession de coach je pourrais lancer quelques exercices de team building dans le feuillage ? Un peu dérouté je lui demande donc :

« Grand chêne, dis-moi donc ce qui te préoccupe vraiment. Et puis dis-moi selon toi ce que je pourrais faire pour t’assister ? »

« Tu vois me répond-il, les feuilles me sont très proches. Comment te dire cela… Ce sont mes enfants en quelque sorte. Je leur donne la sève qui leur permet de grandir de porter des fleurs qui forment les glands qui assureront la survie de l’espèce. Tel est mon destin de chêne. Si mes feuilles passent leur temps à se disputer, je doute que des fleurs pourront se former et que je puisse remplir ma destinée, distribuer avec générosité les glands de ma joie !

Elles s’opposent à tel point les unes aux autres qu’elles en viennent à se battre pour ma sève. Il y en a assez pour toutes, mais elles forment des clans, s’efforcent de priver des branches entières pour en prendre plus pour elles. Imagine un peu, je risque de me retrouver avec des trous dans ma couronne. Une branche morte asphyxiée par une autre trop avide. Et tu sais, elles ne pourront rien faire de ce surplus. J’ai à cœur de te rafraîchir dans mon ombre. Cela deviendra difficile si la couronne est trouée.

Et puis t’es tu déjà demandé d’où venait le bruissement que tu entends quand tu te couches dans mon ombre ? Tu imagines sans doute qu’il s’agit de la brise qui agite doucement les feuilles. Si cela pouvait être vrai ! Ça l’est généralement. Mais cette année, le temps est splendide, pas un zéphyr de vent et néanmoins le bruissement est bien au rendez-vous. En fait, les familles se chamaillent sans relâche. Elles passent le plus clair de leur temps à maudire les autres familles ou à préparer les tours pendables qu’elles vont faire subir aux autres. Ce concert incessant est assourdissant pour moi. Pour toi, il ressemble au bruissement qui t’apaise.

Enfin, elles ont toutes vraiment la vue courte. Elles ignorent dans la passion et la fureur de leur jeunesse printanière, que cycle de la vie les portera doucement vers l’automne. Elles tomberont alors à mes pieds pour nourrir l’herbe dans laquelle tu viendras te reposer. A quoi bon alors se battre en oubliant l’essentiel ?

Bien sûr je survivrai à ce déchirement. J’en ai vu d’autres car je suis là depuis tant et tant de siècles. Mais je ne peux laisser mes enfants se déchirer comme ça. J’en appelle donc à ton soutien et à ton cœur ! »

Je reçois le partage du chêne avec étonnement et perplexité. Je suis étonné de passer à côté de ce monde qui m’était tout proche et que je n’aurais pu concevoir sans les confidences du chêne. Mais je suis perplexe car je ne vois toujours pas comment l’aider. Alors, en sortant de ma réflexion, je lui demande :

« Je suis désolé d’entendre ta souffrance et la déchirure qui se joue entre tes enfants. Je suis tout disposé à te soutenir mais je n’ai aucune idée du chemin à prendre. Aurais-tu quelques suggestions ? »

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